Aaah la Roumanie

Première semaine en Roumanie, de Satu Mare a Vatra Dornei (01/09-10/09) On entre en Roumanie le premier septembre premier tampon dans nos passeports. Tout de suite, la Roumanie, on s'y sent bien. Ici la circulation est lente, la route est pleine de piétons, les gens nous interpellent, nous encouragent.

Après quelques km, on arrive à Satu Mare où on a donné rendez-vous à Henri. On prend nos marques dans ce nouveaux pays, on est content de voir enfin les prix baisser dans les magasins, par contre, ils sont souvent presque vide, on a le choix entre: une boite de haricot sauce tomate, du salami, des pâtes ou du riz, parfois de la Zacuska sorte de piperade, rarement des légumes, exceptionnellement de la viande. A Satu Mare, chef lieu de la province, impossible de trouver une carte de Roumanie, on cherche pendant trois jours en vain, on rencontre juste une gentille bibliothécaire qui nous fait la photocopie d'un atlas, mais bon voyager avec une carte à l'échelle 1/1.000.000 c'est pas exactement l'idéal pour les ballade à vélo... L'aventure commence!

Au bout de trois jours à Satu Mare, où il n'y a pas grand chose à faire à pars mariner dans l'eau grisâtre à 45°C des thermes du camping à 3 € pour 2 (vive la Roumanie), Henri arrive avec sa belle voiture et un guide 'lonely planet'. On met vite fait la voiture aux couleurs locales, avec quelques planches sur le toit et de la corde on fabrique un bel attache vélo, et on fait route vers la région de Maramures dans le nord-est de la Roumanie. Les routes Roumaine sont terrible, en voiture on prendra presque 4h pour faire 150 km... Et cela sera encore pire a vélo, alors qu'on faisait facilement 100-120 km par jour en Hollande-Allemagne, ici on peine a faire 60km. Les nationales se transforme parfois en chemin de terre rempli de trous qu'on a essayé de boucher grâce à de grosses pierres, du sable ou des graviers (je dis se transforme, parce que, histoire de brouiller les pistes, les premiers 10 km sont souvent asphalté, et puis, petit à petit cela se dégrade, ce n'est donc qu'une fois bien engagé sur la route qu'on se rends compte de son état.). Et les petites routes, on en a pris naïvement au début,... je ne pensais pas qu'un chemin pouvait se dégrader à se point, parfois même les voitures et les cheveux ne passent plus, on a pris des chemins où le seul moyen de transport qui tient le coup se sont les charrettes à bœufs. Les habitants de certaines régions vivent dans une isolation totale, si on avait déjà rencontré ce type d'isolation dans d'autres régions du globe, on ne s'attendait pas a cela ici, si près de chez nous...

Avec Henri on visite la très jolie région de Maramures, ici homme et femme portent encore le costume traditionnel, on visite de jolis villages aux splendides églises en bois.
On est tout les deux, content de voir Henri et de voyager un peu avec lui, mais frustrés de voir défiler paysages et villages du cocon voiture à une telle "vitesse"! A bicyclette c'est tellement mieux. Bon d'accord il pleut parfois, et on en bave. Mais en voiture on ne voit rien, on ne vit rien, on arrive dans un village, faut se garer, et puis qu'est ce qu'on fait là, quoi, on regarde et on s'en va! A vélo c'est constamment le voyage, on est toujours dans le paysage, on ne fait pas que passer dans un village, on vit tout perpétuellement.

Apres 2-3 jours dans la région, on roule vers la Moldavie, à Vatra Dornei, d'où on pensait pouvoir circuler un peu dans la région, mais c'était sans compter l'état des routes, encombrées de charrettes tirées par des cheveux, de vieux camions défoncé qui peines dans les montées qui zigzague et ne dépassent jamais les 9-10%. On prend à nouveaux une journée pour faire les 200 km qui nous sépare de Vatra Dornei.
De Vatra Dornei on fait quelques belles ballades dans les Carpates, les paysages sont superbes. Les montagnes sont souvent totalement vierge de toutes activités humaine, en effet 90% du territoire Roumain appartient encore a l'état qui n'en fait pas grand chose, tant mieux pour le paysage, l'automne est un feu d'artifice de couleurs.
Les 10% restant sont cultivés, mais l'agriculture pratiquée est plutôt une agriculture de subsistance, tout y est fait à la main et à la force des cheveux. Pas de champ a perte de vue, pas de coupe de bois intempestive. On a souvent l'impression de voyager dans le livre de notre histoire, de visualiser l'Europe que nos grand-mères nous décrivaient, une Europe pré-industrielle, où la survie de la famille dépends de la récolte, à la campagne presque tous ont leur vache, leurs poules et cochons, et bien sur un potager pour se nourrir et nourrir la basse-cour. Ici ont fait tout, les femmes font leur conserves de fruits et de légumes tout l'été pour pouvoir passer l'hiver, les hommes font le vin, l'alcool de prunes, coupe le bois, l'eau est prise au puit, la cuisine faite au feu de bois et de grosse marmites reste sur le feu des jours entiers, car il n'y a pas toujours d'autre moyen pour conserver les aliments, seul la télévision vient parfois troubler notre voyage dans le temps...
Tout cela est très joli à voir (à pars les toilettes), mais on préfère le voir que le vivre.. parce que bien sur il faut aussi une rentrée financière, l'école n'est plus totalement gratuite, la sécurité sociale ne couvre plus les frais médicaux, mais les salaires moyens ne dépassent jamais les 100€ par mois, souvent c'est plutôt 50€, pour des prix qui ne sont pas alignés, un petit appartement coûte 25.000€. On se demande vraiment comment tout cela va évoluer, pas mal de Roumains nous disent que la situation sociale en Roumanie ne cesse d'empirer, et nous prédisent des plans catastrophes, on les crois facilement.
Un soir, au journal télévisé, ou l'entrée dans l'union est le principal sujet d'actualité, on assiste honteux, a l'interview d'un petit chef d'entreprise français installé en Roumanie. Il explique la recette de sa récente réussite professionnelle; "des salaires chinois à 2 jours de camion de la France, et des lois sociales plus souples" hmm, d'autant qu'il ne peut ignorer le coût de la vie, et l'impossibilité de couvrir ses frais avec son salaire "Chinois". Bien sur, vu la situation, le manque d'emploi, ce n'est pas à lui de refaire le monde non plus. Mais vers quel monde on va? Va t'on se mettre à réduire nos salaires et rendre nos lois sociales plus flexibles afin d'éviter une délocalisation massive et de nous permettre d'être encore en mesure de consommer ces produits à des entreprises qui se battent sur leurs marges bénéficiaires? Un nivelage vers le bas, au bénéfice de quelques-uns un, c'est cela le monde dans lequel on veut continuer à évoluer?

A vélo dans les Carpates (10/09-02/10)

Au bout de 5 jours en notre compagnie, Henri prend la route de la Grèce, et nous on part à l'aventure a travers les Carpates Pour notre premier jour de vélo, encore ignorant de l'état des chemins de traverse, on décide d'en prendre un, le paysage est superbe. Le soir, après une journée de pédalage pour...44km, on s'arrête devant une petite maison en bois d'où sort un homme, on lui demande, avec pas mal de gestes puisque encore totalement ignorant des bases du roumain, si on peu planter notre tente sur un bout de terrain devant sa maison, il nous propose son jardin. Une fois la tente plantée, sa femme vient nous voir, nous invite à l'intérieur, nous offre du vin chaud, du café, et puis sa soeur arrive avec des bons petits plats, pour finir, on passera notre soirée, à taper le carton avec les hommes de retour des champs, et on dormira bien au chaud dans leur salon-cuisine.

Cet accueil sera à l'image de toutes les autres nuits passées dans ce beau pays, ici jamais on ne nous refuse l'accès à un lopin de terre pour planter notre tente, et souvent on nous propose un lit, une salle de bain, un repas,... au moment de partir on nous offre une bouteille, une conserve faite maison bien sur. Il nous est même arrivé de se voir offrir ce qu'on comptait acheter dans un petit magasin mixte. Impossible de refuser, difficile par contre d'offrir à notre tour.
On apprécie les soirées passer avec nos hotes, le roumain est une langue latine, on comprend et on se fait comprendre facilement. Je trouve cela toujours fascinant aussi de constater à quel point même individuellement chaque personne est profondément influencée par ces codes culturels, et comme certains codes nous sont proches et sympathiques.

L'automne se fait sentir, et avec l'automne arrive la pluie, nous la pluie on aime pas trop. A Rasnov un soir, on passe un passage à niveau, on est surpris de voir un garde barrière, près a descendre la barrière du train, on s'arrête, pour la photo, puis vu l'heure, et comme on voit une maison derrière le poste avec un joli terrain on lui demande l'hospitalité, le garde barrière, nous propose donc son joli jardin avec une table et tout. On restera là 2 jours à cause de la pluie, on sera rapidement inviter à l'intérieur de la maison pour regarder des TV Novelas avec ses filles. Cela fait 5 générations que cette famille garde le passage a niveaux, et maintenant les filles prennent le relais, pendant combien de temps vont-ils encore monter et descendre cette barrière manuellement?

Le lendemain le temps se lève, et on prend la route vers Bran, le château de "Dracula", après commence une longue montée, heureusement sèche, on enchaîne plusieurs petits cols dans un paysage superbe où on découvre le lift charrette a cheval.
On décide aussi de ne pas se rendre à Bucarest, parce qu'on en entend que du mal, mais de continuer notre route dans les Carpates, on fait donc route vers l'Ouest. Apres quelques jours, tout exciter, on se dit qu'on va s'attaquer à la route la plus haute du pays. Mauvaise idée? pourtant, on avait déjà vécu des galères sur des très mauvaises routes (Andoni perdra même notre bouteille de pétrole du réchaud, elle se décrochera du vélo à cause des vibrations), on aurait du savoir qu'il fallait peut-être éviter cette fameuse route... mais bon, le 22 septembre, on prend route vers le lac Viga, la carte nous annonce 2 cols a 2000m, c'est sans compter l'état de la route, les nombreuses descentes qu'on paye chère, la pluie qui se met à tomber, le froid, et le paysage qui ne décollera jamais, tout ça pour ça!!!! Marre, des galères, on raccourcit notre tour des Carpates à Sebes, d'où on se dirige vers Sibiu, jolie petite ville d'origine saxonne, puis Sighisoara, où on se paye le luxe d'une petite pension avec une machine à lave(!) au coeur de son centre médiéval. Il fait bon de flâner, de se la couler douce un peu dans cette ravissante petite ville.

Des Carpates au Delta (02/10 - 10/10)

On repart tout neufs, tout propre, tout sec, pour s'attaquer à nos derniers cols avant la mer noire, on prends encore quelques jours pour re-traverser les Carpates d'ouest en est, on est content de voir qu'en quittant les montagnes, on quitte aussi la grisaille, et on voit la température grimper au fur et a mesure qu'on descend. Par contre on est étonner de voir que la vallée qu'on traverse est encore plus pauvre que les régions traversées précédemment. On passe dans un village dont l'activité principale est la fabrication artisanale de tuiles et de briques. Chacun a un grand four en terre cuite au milieu du jardin, un petit établi avec des moules en bois, et devant, sur le trottoir, une pile de brique ou de tuiles à vendre.

Un soir, on est accueilli par un gentil couple de pensionné qui nous fait danser sur des airs populaire moldave au son de leur vieux tourne disque. Ils nous expliquent aussi à quel point ils regrettent Ceausescu et le régime communiste. Pour eux la démocratie rime avec chaos puisqu'elle n'a apporté que des méfaits, des chiens vagabonds, des voleurs, de la pauvreté, ...

C'est drôle comme du jour au lendemain tout change, parce que le lendemain, on prend le bac pour traverser le Danube, il est tard et on doit s'arrêter dans un village dortoir un peu pathétique. On demande à planter notre tente à une vielle qui a l'air gentille. Elle appelle son gendre, qui a un ventre gonfler comme une femme enceinte de 9 mois, il nous montre un lopin de terre boueux devant chez lui. OK, on plante la tente, on le regrettera un peu ensuite... Alors que je fais la popote sur notre réchaud, sa femme insiste pour que je cuisine à l'intérieur pendant qu'Andoni est prié de trinquer avec son mari dans le 'salon-chambre', la "chambre-cuisine" est vraiment dégueulasse, enfin, bon je fais le repas, l'air de rien, mais sa femme commence un cinéma, genre: deux riches européens sont dans sa maison, elle vient de gagner le pactole, elle m'embrasse, sautille dans tous les sens, me tiens la main, me montre toute la misère dans laquelle elle vit (enfin, moi je vois aussi qu'ils on un énorme jardin a l'arrière dont ils ne font rien, enfin si, un amas d'ordure), m'explique que sa vie est dure, qu'elle doit travailler (!), me demande mon adresse toutes les deux secondes, appelle tous les voisins pour dire qu'elle a des riches chez elle, qu'elle a une adresse en Belgique, enfin pas méchante non plus, en attendant c'est bien les uniques roumains que j'espère ne jamais voir débarquer à Bruxelles...

Apres cette expérience de misère-crasse (j'ai peut-être l'air un peu dure mais vraiment c'était cela) on sera content de rencontrer a nouveaux de gentils pensionnés roumains le lendemain avec qui on restera un peu plus longtemps, pour les aider à faire leur vin. Lui nous parlera à nouveaux politique, mais pas exactement de les même terme que nos pensionnés précédents, en effet il a été déporté, et contraint aux travaux forcé (parce que son nom est d'origine allemande) de 49-57. Il a du, entre-autre, travailler au canal du Danube. A son retour, sur le terrain de sa maison familiale, il y'avait des blocs d'immeuble, il a du faire ce que lui a dit de faire l'état, et a réussi à monter peu a peu les échelons en jouant le jeu toute sa vie. Depuis '89 il a entré pas mal de réclamations, car il estime avoir perdu énormément pendant sa vie, mais l'état roumain n'est pas vraiment à l'écoute.

On part alors visiter le delta du Danube. Sur le bateau qui relie le village de Crissan (dans le delta) à Tulcea, on se fait aborder par une vieille qui nous dit que son fils, pêcheur, peut nous faire visiter le Delta. On la suit dans son village, encore plus éloigné, et le lendemain on visite le delta à la rame. Sauf que son fils, est pas un super rameur, on verra donc pas grand chose du delta, mais quand même, on pêche à la grenouille avec lui (on se fera une bonne petite fricassée le soir, mmm) on profite du bruit du vent dans les roseaux, on s'émerveille de toutes les teintes de bleu et de vert, du ciel et de l'eau, de la végétation marine, on a la chance d'assister à l'envol de cygnes sauvages, on voit passer de nombreux Martin-pêcheurs (ça va vite, j'en avais jamais vu avant) On se dit qu'a moteur on doit pas voir grand chose finalement, que si on visite les routes a vélo, le delta, c'est sans doute mieux à la rame. Enfin, malheureusement on est la juste entre deux saisons, et le delta est un peu mort (les migrateurs d'été sont partis, ceux d'hiver ne sont pas encore la)

Du delta, on prend la route vers la Bulgarie, les paysages sont toujours aussi beau, les rencontres toujours aussi nombreuse et facile, d'autant plus qu'après un peu plus d'un mois, mon roumain commence à prendre forme. Ce sera donc avec tristesse, qu'on quitte ce splendide pays! On espère avoir le même accueil ailleurs, le même coup de foudre?. Aaah la Roumanie!!!!!